Khaled Mouzanar est un compositeur, mondialement connu, producteur et artiste libanais, né le 27 septembre 1974. Le 9 juillet 2026, Il s’adressait aux élèves en fin de scolarité au Collège (lycée pour nous) Louise Wegmann à Beyrouth au Liban, pays régulièrement en guerre civile, régionale ou internationale. Un Collège où il a été étudiant. Un discours forcément particulier : dans la salle, il y avait son fils, ses amis, ses anciens professeurs… et beaucoup de souvenirs. Quelques mots adressés à une génération qui s’apprête à prendre son envol, sur le Liban, l’amour, la liberté, l’art, l’amitié, les rêves… et « cette étrange aventure qui consiste à devenir soi-même »…
L’association Témoigner & Partager remercie chaleureusement Monsieur Mouzanar pour son autorisation de publication d’extraits de ce discours.
« C’était en 1991, j’étais en classe de terminale. Le Collège était divisé en 2, comme Beyrouth, comme le Liban. Les chrétiens dans l’un et les musulmans dans l’autre. Cette année là, les combats s’était tus, ils duraient depuis 16 ans, mon âge. Pour la première fois de notre vie, nous découvrions la paix. Un professeur étant malade, on nous annonce que les élèves de l’autre collègue viendront suivre les cours de philosophie dans notre collège. Nous allions enfin mettre un visage sur ces libanais venus d’ailleurs, que nous n’avions jamais rencontrés. Comment étaient-ils, quelle langue parlaient-ils ? 16 ans de guerre nous avaient séparés…. »
« Un jeune homme s’assoit à coté de moi. Après une présentation un peu sèche, j’apprends qu’il s’appelle Akram… Bien que ce soit interdit, nous avons parlé rapidement politique. Moi le Chrétien, lui le Druze, nous discutons politique, jusqu’à nous disputer. Le ton monte. La professeure nous met tous les 2 à la porte. Nous voilà face à face, dans le couloir, avec toute la haine héritée de ces 16 années de guerre. Soudain, je lui pose la question suivante « bon, à part la politique, tu aimes quoi dans la vie ? ». Il me répond « je fais de la guitare ». En l’espace de quelques secondes, 2 humains ennemis féroces sont devenus 2 adolescents qui parlaient enfin de ce qui les faisait vibrer. La politique, le militantisme nous avaient séparés, l’art nous a ramenés l’un à l’autre. A partir de ce jour là, il est devenu l’un de mes meilleurs amis. Nous avons fondé notre premier groupe de musique ensemble. Ce fut le début de mes rêves d’artistes »
« Je vous raconte tout cela pour vous dire que la vie au Liban est à la fois une malédiction et une chance immense. Nous avons, il faut bien le reconnaître, échoué à construire une véritable coexistence. Mais ce que votre génération peut inventer, et dont la planète pourrait bénéficier, c’est quelque chose d’encore plus grand. Ce que j’appellerais « la gestion de la diversité ». La diversité est une richesse extraordinaire lorsqu’elle est bien gérée. Mais elle devient une bombe atomique quand elle est mal gérée. »
« Nous pensions être la dernière génération de la guerre. Malheureusement nous nous sommes trompés. Vous aussi vous êtes une génération de la guerre, vous aussi vous avez connu la peur, vous aussi vous avez connu l’impensable devenir possible… Vous avez une chance inouïe. Certains passent une vie entière à trouver un sens, une mission, un but. Vous êtes nés avec une mission. Vous êtes comme les grands explorateurs devant un territoire inconnu. Comme les poètes devant une page blanche. Le Liban de demain est cette page blanche, qui n’existe pas, qui est à construire, et vous en êtes les artisans. Je sais qu’en disant cela je vous laisse un poids, comme si je vous attachais la jambe au Titanic. Mais c’est aussi une manière de vous empêcher de devenir individualistes, égocentriques, indifférents. C’est relier votre accomplissement personnel à celui d’une communauté, et à travers elle à toute l’humanité. »
« L’individu ne s’accomplit jamais seul. Il s’accomplit avec les autres. »
« Bien sûr il n’y a pas que le Liban. Il y a vos vies, l’Amour, la famille, les amis, vos rêves, votre carrière, votre accomplissement. Il y a tout ce que ChatGpt ne pourra jamais faire à votre place. Aimer, vivre des chagrins d’Amour. Ecrivez-en des poèmes… Écoutez de la musique tout le temps… la musique dépose un baume sur les souffrances, elle donne une profondeur nouvelle à la nostalgie de l’âme. Mettez de la musique dans vos vies… Aimez la poésie. Elle dépose des roses dans le vase de la vie… »
« Chérissez l’imperfection, ne la craignez pas. Elle sera demain, la trace de l’homme dans une vie dominée par les machines. Tout ce qui est parfaitement parfait est inhumain. »
« Et, pour finir, le travail n’est jamais une fin en soi. C’est un moyen. Ne laissez jamais votre métier vous faire oublier l’essentiel. Et l’essentiel se trouve juste à côté de vous. Dans le regard de ceux qui vous aiment, dans vos amis, dans vos parents. Dans ceux qui seront là, bien après votre réussite. »
« Alors partez, partez libres, partez curieux, partez audacieux. Partez construire votre vie, pour que le destin vous conduise. Gardez toujours une place pour le Liban dans votre cœur, et gardez une place pour ceux qui vous aiment. Car ce ne sont pas nos réussites qui nous définissent. Ce qui nous définit c’est ce que nous aurons semé dans le cœur des autres. »
« Je vous souhaite une vie immense, une vie libre, une vie courageuse, une vie qui mérite d’être racontée ». « Que le voyage commence ! « .

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